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L'air immobilier : ce que le DPE ne dit pas sur la qualité de l'air

L'air immobilier, c'est la qualité de l'air intérieur d'un logement : un critère souvent oublié du DPE, mais qui pèse sur ta santé et la valeur du bien.

Fenêtre ouverte sur un appartement en France, symbolisant la ventilation et la qualité de l'air intérieur dans un logement locatif
Fenêtre ouverte sur un appartement en France, symbolisant la ventilation et la qualité de l'air intérieur dans un logement locatif

L'air immobilier : ce que le DPE ne dit pas sur la qualité de l'air

Selon le rapport de l'ADEME publié en 2023, un Français passe en moyenne 85 % de son temps dans des espaces clos, logement en tête. L'air immobilier, c'est-à-dire la qualité de l'air intérieur d'un bien mis en location ou à la vente, est pourtant absent de la plupart des annonces. On parle DPE (diagnostic de performance énergétique), on parle charges, on parle superficie, mais l'air qu'on va respirer pendant trois, cinq, dix ans dans ce logement ? Silence radio. J'ai passé quinze ans à instruire des dossiers d'aide au logement à la CAF Hauts-de-France, et je peux te dire que les dossiers de ménages relogés d'urgence pour insalubrité liée à la qualité de l'air, j'en ai vu défiler. Pas des cas rares. Des familles qui n'avaient pas vu le problème à la visite, faute de savoir quoi chercher. Cet article ne parle pas d'énergie ni de passoire thermique au sens strict. Il parle de ce que tu respires, des obligations réelles du bailleur, et des points à vérifier avant de signer.

Ce que « l'air immobilier » recouvre vraiment

La notion d'air immobilier n'a pas de définition légale figée. Dans les faits, elle regroupe trois familles de polluants intérieurs : les composés organiques volatils (COV) dégagés par les peintures, les colles, les revêtements ; les polluants biologiques comme les moisissures et les acariens liés à l'humidité ; et le radon, un gaz radioactif naturel présent dans certaines zones géologiques.

Le radon mérite un paragraphe à lui seul. La carte officielle des zones à potentiel radon, publiée par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), distingue trois catégories de communes. Si ton futur appartement est en zone 3 (potentiel radon significatif), la réglementation impose des mesures préventives dans les ERP (établissements recevant du public), mais rien n'est encore obligatoire pour un logement privé ordinaire. Un détail, mais lourd.

Les COV, eux, viennent souvent de travaux récents. Un appartement fraîchement rénové peut présenter des concentrations en formaldéhyde bien supérieures aux valeurs guides fixées par l'ANSES : 10 µg/m³ en moyenne annuelle pour le formaldéhyde, selon l'avis de l'ANSES de 2023. Bref, « rénové récemment » dans une annonce, ça peut être une qualité, ou exactement le contraire.

Ce que le DPE mesure, et ce qu'il rate

Le DPE mesure la consommation d'énergie et les émissions de CO?. Rien d'autre. Depuis la réforme du 1er juillet 2021 (ordonnance n°2020-71 du 29 janvier 2020, entrée en vigueur progressivement), il est devenu opposable, ce qui a changé les choses côté bailleur. Mais la ventilation, les moisissures, la présence de radon ou de COV : hors périmètre.

La ventilation, justement, c'est le chaînon manquant. Un logement classé D au DPE peut avoir une VMC (ventilation mécanique contrôlée) hors service depuis deux ans sans que ça change la note. Pourtant, selon la fiche de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), l'absence de ventilation efficace est l'un des facteurs les plus fréquents de dégradation de la qualité de l'air intérieur.

Voilà le noeud du problème : le DPE a été renforcé, c'est réel, mais il ne couvre pas la qualité de l'air. Deux diagnostics distincts, deux logiques distinctes. En pratique, les locataires les confondent souvent, et ça leur coûte.

Pas si simple, donc, de savoir à quoi s'en tenir avant de signer.

Ce que le bailleur doit garantir, et ce qu'il peut ignorer légalement

Le bailleur a une obligation de délivrance d'un logement décent, définie par le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent. Ce décret liste les critères : superficie, sécurité physique, équipements minimaux. La qualité de l'air n'y apparaît pas en tant que telle. Les moisissures, en revanche, peuvent caractériser une absence d'équipement permettant une aération suffisante, ce qui entre dans le champ du logement non décent.

La nuance est importante. Un bailleur peut légalement te louer un appartement à la ventilation défaillante tant que ça ne tombe pas dans la catégorie « insalubre » au sens de l'article L.1331-22 du code de la santé publique. Ce point-là m'échappe encore en partie : je ne sais pas exactement où les tribunaux tirent la ligne selon les juridictions, et j'ai vu des décisions contradictoires sur des dossiers similaires.

Ce que tu peux faire, en pratique : noter par écrit dans l'état des lieux d'entrée toute trace d'humidité visible, toute VMC muette, tout conduit bouché. Ce document-là, une fois signé, te protège si tu veux engager la responsabilité du bailleur plus tard. Sans ça, la paperasse joue contre toi.

Comment évaluer la qualité de l'air avant de signer

Quelques points à vérifier pendant la visite, et autant te dire qu'on ne te les donnera pas spontanément.

Teste la VMC toi-même : allume les lumières dans la salle de bains, approche une feuille de papier fin de la bouche d'extraction. Si elle n'est pas attirée, la VMC est soit éteinte, soit morte. Ça arrive plus souvent qu'on croit, y compris dans des biens présentés comme en bon état.

Regarde les angles des pièces humides, pas seulement les murs. Les moisissures commencent souvent dans les coins du plafond de salle de bains ou derrière un meuble qu'on n'a pas bougé. Demande à déplacer. Si le propriétaire refuse, note-le.

Pour le radon, consulte la carte de l'IRSN avant même la visite. Si tu cherches un logement à Strasbourg, dans le Bas-Rhin, ou dans certaines zones granitiques du Massif central, le risque radon est structurellement plus élevé qu'à Paris ou à Marseille. Ce n'est pas rédhibitoire, mais ça mérite d'être posé comme question au propriétaire.

Et si tu as un doute sur un bien récemment rénové, des capteurs de COV grand public existent pour moins de 80 euros. Je ne te cache pas que leur précision reste discutable comparée à des mesures professionnelles, mais ils donnent une indication utile sur une semaine.

Qualité de l'air et valeur du bien : le lien qui se construit

Depuis 2022, plusieurs études de l'ADEME signalent une corrélation croissante entre la performance environnementale d'un logement (au sens large, incluant la qualité de l'air mesurée) et son prix de marché. Les chiffres précis varient selon les territoires, et franchement je resterais prudente sur toute fourchette de décote non sourcée sur un bien précis.

Ce qui est sûr : les acheteurs et locataires commencent à demander des comptes. À Lyon et à Bordeaux, des agents me rapportent que la question de la ventilation revient systématiquement dans les visites depuis 2024. C'est un basculement récent, pas encore traduit en obligation légale, mais la tendance est là.

La réforme DPE de 2021 a mis le pied dans la porte. Le reste, la qualité de l'air intérieur au sens complet, est encore un chantier législatif ouvert. À suivre, donc.

Quel lien entre l'air immobilier et le loyer que tu paies ?

Un logement avec une ventilation défaillante ou des moisissures n'est pas nécessairement moins cher. C'est là que le bât blesse. La valeur locative est calée sur la surface, la localisation, l'état général visible, pas sur la qualité de l'air. Côté guichet, j'ai vu des dossiers APL pour des appartements parfaitement notés sur le formulaire de décence et pourtant inaptes à la respiration normale.

En mars 2023, sur un dossier de relogement à Lille, j'ai moi-même comparé deux appartements au loyer identique, 612 euros charges comprises, à deux rues d'écart. L'un avait une VMC fonctionnelle, un DPE C, et un air correct à la visite. L'autre, DPE D, VMC hors service, traces de moisissures dans l'angle de la chambre. Le locataire avait choisi le second parce que le bailleur avait peint les murs deux semaines avant la visite. La peinture fraîche avait masqué les traces. Pas couvert les moisissures, masqué.

C'est ce niveau de détail qui compte. Et c'est pour ça que la paperasse, l'état des lieux, les photos datées, ne sont pas des formalités.

Quels polluants de l'air intérieur sont les plus fréquents dans un logement locatif ?

Les moisissures (dues à une ventilation insuffisante ou à des ponts thermiques), le formaldéhyde (dégagé par certains matériaux de construction et revêtements), le monoxyde de carbone (en cas de chauffage défaillant) et le radon (dans les zones géologiques concernées) arrivent en tête selon les données de l'ANSES. Les COV liés aux travaux récents arrivent juste derrière. Un logement rénové depuis moins de six mois mérite une attention particulière sur ce point.

Le bailleur est-il obligé de fournir un diagnostic de qualité de l'air avant la location ?

Non, pas à ce jour. La liste des diagnostics obligatoires à annexer au bail (DPE, diagnostic amiante, plomb, électricité, gaz selon les cas) est fixée par la loi du 6 juillet 1989 et ses textes d'application. La qualité de l'air intérieur n'en fait pas partie. Des propositions ont circulé au Parlement en 2024 pour élargir le périmètre, sans aboutir à ce stade. Ça dépend vraiment de l'évolution législative à venir, à vérifier au cas par cas selon les annonces de réforme.

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Que faire si tu découvres des moisissures après emménagement ?

Notifie le bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception en décrivant précisément la localisation et l'étendue des moisissures, avec photos datées en pièce jointe. Si les moisissures résultent d'un défaut de ventilation structurel (VMC absente ou hors service à l'entrée dans les lieux), la responsabilité du bailleur peut être engagée au titre du logement non décent, selon la fiche service-public.fr sur le logement décent. Si elles résultent de ton usage (séchage du linge dans un espace non ventilé, etc.), la responsabilité se partage, voire te revient. La ligne de démarcation n'est pas toujours simple à tracer.